17 février 2008
Chameleon in an Irish Pub.
Enfin je commence à rencontrer des gens (merci Facebook en particulier).
Hier soir nous avons donc échoué dans un pub très sympathique, le genre convivial à passer du Radiohead et des trucs plutôt rock, on s'entend à peine parler tellement les enceintes crachent du son. Et il faut bien l'avouer : ça pue la testostérone là-dedans, et même si la bière est chère, mes yeux eux en ont pour le prix. Tous mes fantasmes masculins sont réunis pour mon plus grand bonheur dans quelques mètres carré, que demander de mieux ?
Je me rends compte que je suis de moins en moins timide, de plus en plus sociable, quitte à ne pas plaire, je commence à savoir ce que je vaux et tant pis si les gens n'apprécient pas. Mais en fait, c'est l'inverse. Avant, je restais toujours en retrait, secrète, discrète, à observer les autres ; simplement, au lieu de vivre ma vie, je la regarder défiler devant mes yeux. J'étais ce genre de fille qui prend une pose lascive et regarde passivement la vie se dérouler comme un long film. J'assistais au film de ma vie. Ou plutôt au film de la vie des autres, mais je ne faisais rien pour entrer dans le cadre. Ca m'arrive encore, mais c'est cette fois-ci de mon plein gré, je prends du recul afin de mieux m'imprégner. Je sais parfaitement m'adapter aux gens et à leur mentalité. J'arrive à saisir très vite la mentalité générale, l'humour,etc. Je suis en quelque sorte caméléon. C'est parfois assez déstabilisant, car on en vient à se demander qui l'on est vraiment ? A force de s'adapter à tout et à tout le monde, dans quel groupe peut-on s'identifier alors ? Certes il y a des nuances, des préférences, mais il m'est parfois vraiment difficile d'opérer un choix. D'ailleurs je me suis fait cette réflexion qu'il y en a marre de devoir « faire des choix », après tout, pourquoi ne pas servir un peu partout ? C'est comme ça qu'on se construit, non ? On prend ce qu'on veut bien prendre, ou en tous cas ce qu'on croit bien vouloir prendre, et on jette ce qui nous paraît déplacé ou inapproprié.
Il y en a assez de devoir se coller des étiquettes sur la gueule. Moi, j'aime autant les gens posés, calmes, que les piles qui ne peuvent jamais s'arrêter, les raisonnés et raisonnables comme les insouciants ou les nerveux. J'aime autant le rap que j'aime le rock. J'aime les gens complexes, mi-figue mi-raisin, j'aime le cul entre deux chaises, parce que c'est moi tout craché. J'aime qu'on me charrie, j'aime qu'on me protège, j'aime les regards complices, les regards intrigués, les regards appuyés, les mains frôlées. J'aime l'impertinence, et je déteste les barricades.
Je me dis aujourd'hui qu'en prenant du recul, mes parents, qui ont toujours été des gens respectables et respectueux, et dont je suis la seule fille, n'ont été pour moi qu'un modèle d'opposition pour me construire. On n'a presque aucun point commun : depuis mon plus jeune âge, j'ai appris à lire, et je me suis attachée à tous ces livres qui s'offraient à moi, je me suis même réfugiée dedans; puis on m'a imposée des choses que je ne voulais pas faire, et je l'ai toujours très mal vécu. Il fallait que je sois la petite élève modèle qui joue du piano à merveille, sur lesquels tous les gens s'extasieraient. Ca a marché jusqu'à un certain temps. Puis au lycée j 'ai décidé de me libérer de toutes ces chaînes, de me rebeller tout simplement. Seulement ça n'a pas vraiment bien marché : il restait trop de ma bonne éducation pour me libérer complètement. Période de fumette avant le bac. Pas top comme souvenir. J'ai jamais vraiment aimé ça, je veux dire, au niveau des effets, c'est trop imprévisible, trop aléatoire, trop bizarre. Pas bon pour l'équilibre psychique, j'ai vu des gens autour de moi se détruire à cause de ça. Et j'étais toujours trop méfiante.
Je n'arrivais donc pas à me lâcher, à être moi-même, car même en sortant loin de mes parents, je savais qu'il fallait rentrer tôt, qu'il allait falloir parfois fournir des explications, devoir se justifier.
Tout ça n'a rien donné de bon.
Aujourd'hui j'ai dû prendre une mesure importante pour vraiment me libérer: instaurer une distance physique (et donc morale) entre papa-maman et moi. C'est peut-être dommage, mais je ne voyais pas d'autre issue possible pour m'épanouir. Sans ça, je serais peut-être anorexique et dépressive, à ne toujours pas savoir quoi faire de ma vie. Maintenant à quelques 800km d'eux, je peux enfin souffler et faire des choix qui ne regardent que moi, sans me prendre des réflexions aigries ou accusatrices dix fois par jour. Ouf. Je respire. Enfin, après plusieurs années de quasi-dépression, de nausées, et parfois d'auto-mutilation, je peux enfin affirmer que je vis.
Et les commentaires désapprobateurs n'y changeront rien, car ma mère n'a jamais compris qu'en disant « il faut te remettre dans le droit chemin », elle était totalement, mais alors totalement à côté de la plaque. Que ses « on n'aurait jamais dû te laisser sortir, regarde comment tu es devenue » en ajoutant à titre de nombreux exemples la fille ou le fils d'untel qui est sérieux, ne sort pas et a réussi dans la vie, ne font que renforcer ma conviction que tout cela, même si j'ai fait des (petites) erreurs, s'inscrit dans un parcours inévitable. Que ça ne pouvait pas être autrement, qu'avoir été bridée ainsi ne pouvait avoir que des conséquences déplorables sur moi, mon corps me l'a fait savoir à maintes reprises. Quand votre esprit se brouille, refoule, refoule et refoule encore tout ce qu'il ne peut supporter, c'est le corps qui vous fait tout rejaillir au mauvais moment. Le soma. Peut-être au mauvais moment, mais c'était nécessaire. Une manière de dire STOP à tout ce petit jeu qui a trop longtemps duré. Je repense à cette phrase d'une chanson de Fuzati, qui dit « Le matin, obligé de prendre deux petit-déjeûners, car la nervosité me fait toujours vomir le premier ». Eh bien cette phrase, je m'y suis identifiée pas mal de fois. Vomir ses tripes, vomir sa vie. J'ai passé un an à vomir tous les matins ou presque. Stop.
Sur cette grande parenthèse, je vous souhaite un bon dimanche, et ça n'en a pas l'air comme ça mais aujourd'hui je vais très bien, je suis plutôt équilibrée (enfin), et revenir sur cette mauvaise période de ma vie me fait justement prendre conscience qu'aujourd'hui, ça va beaucoup mieux.
Commentaires
Tiens
on dirait ma vie
Sauf que je n'en suis pas à un stade aussi "avancé"
ça viendra
bon courage
Je n'ai pas grand chose à dire si ce n'est que ça fait plaisir que tu commences à savoir qui tu es et à te trouver =)
P.S. C'est hors sujet mais je me suis permis de mettre un lien vers ton blog sur "mon mien" :)
amusant
amusant comme je me suis retrouvé dans la description de ton rapport à tes parents : pas de points communs avec eux, le refuge dans les livres, la rebellion arrivé au lycée...
et aujourd'hui, nous tenons un peu un blog du même style toi et moi...
Bref... On cherche souvent des similitudes chez l'Autre, mais parfois elles apparaissent sans les chercher. Je reviendrai te lire.
Erlaitz
Biz du Pays Basque
déjà vu
j'ai intellectuellement beaucoup de points communs avec mes parents, mais fille unique, j'ai aussi longtemps été étouffée par ma mère, elle voulait me façonner à son image, l'idée que je veuille être autrement lui apparait comme de la traîtrise, une désertion. je n'ai réussi à me rebeller qu'à...35 ans, la distance kilométrique pendant mes années d'étude (comme toi je suis partie étudier loin, juste après le Bac), puis mon mariage heureux, cela n'a pas suffi. il m'a fallu m'émanciper, devenir une vraie femme dans toutes ses facettes pour avoir suffisamment d'assurance, de force et de conviction d'être dans mon bon droit pour le faire, pour couper à ce chantage affectif (tu n'es pas d'accord avec moi = tu ne m'aimes pas). après deux ans où nous ne nous sommes pas parlé, ma mère mit beaucoup d'eau dans son vin et même si elle ne changera jamais, ce qu'elle peut me dire maintenant glisse sur moi, ce qui me permet un meilleur rapport avec elle. plus distant, moins affectueux, mais moins destructeur pour moi.
peut-être que si j'avais fait une psychanalyse, j'aurais "réglé" ce probleme plus tôt (quoiqu'on ne peut jamais régler entièrement) et je ne peux que constater que ceux qui se rebellent à l'adolescence (souvent les garçons) s'en sortent mieux et plus vite dans leurs rapports difficiles avec leurs parents.
je ne peux que t'encourager à te protéger dans tes rapports avec ta mère, elle n'a sûrement que ton bien en tête, mais quand je pense à la mienne, je me dis que l'enfer est pavé de bonnes intentions...
Jolie découverte que celle de ton blog...
Je me reconnais dans beaucoup de cette note. des bises
amisamouremmerde > Pas de problème, bien au contraire ça me flatte ;)
Erlaitz > ravie d'avoir une nouvelle (?) recrue dans mes lecteurs de blog ! :) comment as-tu découvert le mien ? je vais faire un saut sur le tien également dès que le temps me le permettra! (et c'est valable pour tout le monde ici, sauf les trop-anonymes bien sûr ^^)
éliiiiiiise > (bon j'ai pas compté le nbre de i dsl si j'ai un peu écorché ton nom :D tu m'en voudras pas!) merciii également pour ton msg! ça fait toujours plaisir de ne pas se sentir seules dans nos galères ;)
et à turquoise : merci pour ton long commentaire/témoignage ! dommage que tu n'aies pas laissé de "blog où te joindre" lol à bientôt j'espère !
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